The Cracow Circle

 

Catholic Thought and Modern Logic

 

Foreword

The following document is the "Compte rendu", issued by the Faculty Theology Publisher of the Cracow University in the 1937, of the special session held during the 3rd National Philosophical Conference on 24-27 September 1936, when the members of the Cracow Circle presented their innovatory theses - with the spiritual backing of Lukasiewicz, whose pupils they had all been, except for Bochenski . The document here reproduced is important not only for presenting the arguments of the innovators, but also becouse it contains the counterarguments of the representants of traditional thomism. The synthesis of the referees was written by the same authors. We publish it because of its rarity.

 

Summary

 


La pensée Catholique et la logique Moderne

Compte rendu de la session spéciale tenue le 26.IX.1936 pendant le III-e Congrés Polonais de Philosophie

 

AVANT-PROPOS1

Au cours du III-e Congrès des philosophes polonais, qui s'est tenu à Cracovie du 24 au 27 septembre 1936, une réunion particulière a été organisée le 26 septembre, dont l'objet était de discuter la position de la pensée scientifique catholique à l'égard de la logique moderne. Cette séance était présidée par M. Constantin Michalski, C. M. professeur à l'Université Jagellonne de Cracovie; avec les philosophes scolastiques y ont pris part plusieurs philosophes non scolastiques, au premier rang desquels se trouvaient MM. J. Lukasiewicz et Wl. Tatarkiewicz, professeurs à l'Université Joseph Pilsudski de Varsovie. Trois rapports ont été présentés, par le R.P. I. M. Bochenski , professeur à l',,Angelicum", par M. l'abbé J. Salamucha , professeur agrégé à l'Université Jagellonne, et par M. J. F. Drewnowski , docteur en philosophie; une longue discussion a suivi. Ce sont les matériaux de cette séance que nous publions ici, avec les modifications suivantes: 1) afin de donner à ce compte rendu une valeur plus grande, les perssonnes qui ont pris part à la discussion ont été priés de rédiger leurs thèses pour la publication; 2) pour éviter dans la mesure du possible le caractère polémique et les répétitions, les objections ont été divisées en trois groupes principaux, dont chacun reçoit la réponse appropriée.

La rédaction


C. Michalski
professeur à l'Université de Cracovie

Introduction

Cette introduction résume les paroles de bienvenue et les idées exposées par M. l'abbé Constantin Michalski au cours des discussions. Il rappelle l'enquête bien connue de M. l'abbé Zybura sur la vitalité et l'actualité de la philosophie péripatéticienne. On a fait remarquer dans cette enquête, que les philosophes scolastiques d'aujourd'hui doivent prendre connaissance de la logique mathématique (J. S. Zybura, Ph. D., Present-Day Thinkers and the New Scholasticism, London 1926, pp. 30, 60, 114). Cette nécessité est surtout pressante en Pologne, où existe un des principaux centres de travail en ce domaine. M. Michalski salue avec joie cette réunion des philosophes scolastiques polonais, faite pour discuter ces sujets, à laquelle M. le prof. Lukasiewicz, éminent représentant du mouvement logistique contemporain, avait bien voulu prendre part.

M. l'abbé Michalski souligne ensuite, que dans les dernières années l'attitude des philosophes traditionnels envers la logistique s'est bien modifiée. La logistique est déjà enseignée à l'Institut Philosophique de Louvain (M. Feys), à l'université Angelicum de Rome (R. P. Bochenski), à la Faculté de Théologie de Cracovie (M. Salamucha). Mais, néanmoins, les réserves ne sont pas encore dissipées et c'est pourquoi on doit les discuter loyalement.

Quand il s'agit de n'importe quelle entreprise contemporaine de la part des scolastiques, il faut toujours se rappeler cette époque où le génie chrétien médiéval ouvrit les bras pour accepter tout ce qu'il trouvait bon, non seulement dans la philosophie de l'ancienne Hellade mais aussi dans la pensée arabe et juive. A côté des tendances purement philosophiques, nous constatons qu'on commence alors à s'interesser aux sciences mathématiques, physiques et astronomiques. Nous devons chercher des indications pour notre travail scientifique non seulement dans le contenu des systèmes déjà construits, mais aussi dans la méthode qui fut appliquée au temps où les premières idées se formaient et où les premiers échafaudages de l'édifice futur s'élevaient. L'auteur rappelle l'ouvrage de Ba1ié, où il est démontré comment certains scolastiques médiévaux (Alain de Lille, Duns Scot) tâchaient d'imiter dans la pensée philosophique la méthode géometrique d'Euc1ide. On doit noter aussi que les Analytiques d'Aristote étaient pour tous les scolastiques le fondement méthodologique obligatoire pour former des argumentations déductives. Avec le temps apparut au Moyen Age ce que l'on était convenu d'appeler logica modernorum. On a pensé longtemps qu'elle ne cachait que des extravagances de la raison éxubérante. Il a fallu la logique mathématique contemporaine pour qu'on arrive à y reconnaître un sérieux effort vers le progrès. On peut facilement constater qu'il y a dans ces entreprises une grande quantité des symboles mathématiques qui remplacent des concepts de toute sorte. Il va sans dire qu'on ne peut pas trouver dans les petits manuels les résultats intéressants obtenus dès ces temps-là; aussi bien aujourd' hui la vraie pensée scientifique ne se manifeste pas dans les manuels mais dans les études monographiques.

La discussion de Cracovie dans ses doutes et ses réserves s'est développée en trois directions.

1. On a touché à une question qui appartient à vrai dire à la psychologie et non pas à la logique, c'est à savoir, comment se développe le travail scientifique dans la mentalité de l'homme de science. Les plus éminents constructeurs de la logique contemporaine pourraient nous dire comment toute leur âme travaillait et s'efforçait, quand les premières idées leur apparaissaient et qu'il fallait les ordonner et les unir en un système. - Cela se produisait avec toutes leurs facultés émotionnelles et imaginatives, mais c'était la pensée qui devait tout contrôler. Les types psychiques sont différents et ces différences se manifestent bien en matière de travail scientifique, mais le raisonnement scientifique ne peut être qu'unique, celui qui prouve. L'essence de la science consiste en pure démonstration, en méthode exacte, tout le reste ne peut être qu'un décor secondaire.

2. La logique mathématique n'est qu'un développement de la logique traditionnelle, contenant celle-ci en soi comme une partie dans le tout. Le devoir absolu des philosophes scolastiques est de ne pas fermer les yeux sur ce développement, s'ils veulent rester fidèles à leur longue tradition. La logique dans son nouveau développement vaut d'être étudiée, quelles que soient les applications qui en seront faites.

De savoir si la logique peut être appliquée partout, c'est une question qu'on aura le plus de chances de résoudre par là même qu'on aura appliqué la logique. Les sciences rendent leur méthode graduellement de plus en plus exacte, la même évolution doit se faire aussi dans le domaine de philosophie.

On distingue trois degrés d'abstraction: physique, quantitative et métaphysique. Le symbole mathématique n'est borné à aucun de ces domaines. Il peut remplacer dans un raisonnement aussi bien le concept de l'être que celui de l'élement d'une classe quelconque, aussi bien le concept de la substance que celui d'un accident, pourvu que soit bien gardée dans tout le raisonnement la même fonction sémantique de ce symbole.

L'auteur croit que des trois parties de la logique mathématique la plus importante pour la philosophie est la troisième, celle des relations. Dans les cercles scolastiques on a souvent souligné, en psychologie, en logique ou en métaphysique, l'importance des relations. La nouvelle théorie des relations tâche d'embrasser non seulement ce qu'il y a de statique dans la réalité, mais aussi bien ce qu'il y a de dynamique. L'auteur divise toute l'ontologie en deux parties principales, selon que la réalité est considérée du point de vue statique (les concepts de l'être et du néant) ou sous l'aspect dynamique (l'acte et la puissance). L'auteur croit que dans ces deux domaines on découvrira encore de nouvelles relations et qu'on les mettra en rapport avec cette troisième partie de la logique mathématique. Il va sans dire qu'on sera obligé de bien sauvegarder le postulat scolastique traditionnel de l'analogie, pour sauver la transcendence. Sans doute ce n'est là qu'un programme, qui postule beaucoup d'efforts en travaux monographiques, sans avoir une influence immédiate sur les manuels.

3. On verra se dissiper la crainte du relativisme conventionnel, si chacun distingue entre la relativité dans la formation de l'outil même de la logique mathématique, et la nécessité de l'absolu en tels domaines de la philosophie comme celui de la métaphysique.

L'auteur termine en soulignant que la discussion loyale a montré les points où l'accord existe déjà, et ceux où il subsiste encore des doutes et des réserves. Les points douteux manifestés vont exciter des sources de nouvelle énergie psychique, dont le fruit sera - on peut l'espérer - un sérieux travail scientifique au service de la vérité.

 


 Jan Lukasiewicz
professeur à l'Université de Varsovie

EN DEFENSE DE LA LOGISTIQUE2

M. Lukasiewicz concède en commençant que la logistique, créée par des mathématiciens au XIX siècle peut sembler aux philosophes assez étrange, aussi bien par sa forme "mathématique" que par son contenu; la théorie des propositions, surtout, qui n'a aucune correspondance dans la logique d'Aristote, leur paraît tout à fait nouvelle. Pour savoir si la théorie des propositions est vraiment sans précédents dans l'histoire de la logique, M. Lukasiewicz a entrepris des recherches historiques et il a découvert, que la théorie des propositions fut inventée par les Stoîciens et qu'elle était cultivée dans toute l'Antiquité et au Moyen Age; mais comme l'autorité des Stoîciens n'atteignit jamais celle d'Aristote, on n'a pas réconnu la portée de la logique stoîcienne; il fallait la logistique pour qu'on la reconnût. Grâce à ces découvertes historiques de M. Lukasiewicz, nous voyons maintenant très bien que la logistique contemporaine n'est qu'un développement de la logique traditionnelle. La logistique est la forme contemporaine unique de la logique scientifique, la logique traditionnelle n'étant plus qu'une étape dépassée, comme les Eléments d'Euclide ne présentent aujourd'hui qu'un état dépassé dans le développement des mathématiques.

Par cette constatation se révèle aussi le rapport de la logistique à la philosophie. On a traité longtemps la logique comme une partie de la philosophie. Maintenant la logique en forme de logistique s'est développée de telle sorte qu'elle est devenue une science autonome, se rapprochant par ses méthodes et l'exactitude de ses résultats plutôt des mathématiques que de la philosophie. Etant une théorie de la démonstration, elle ne présuppose aucune attitude philosophique, elle n'est strictement liée avec aucun courant philosophique. Elle ne veut pas non plus remplacer la philosophie; la logistique veut seulement fournir à la philosophie des moyens pour rendre les recherches philosophiques plus parfaits et plus exactes.

M. Lukasiewicz déclare qu'en cela se résume tout ce qu'il pense du rapport de la logistique à la philosophie, mais puisqu'on répète souvent que la logistique, créée par certains cercles d'une attitude philosophique déterminée, favorise expressément le nominalisme, le formalisme, le positivisme, le conventionalisme, le pragmatisme et le relativisme, l'éminent logisticien discute l'une après l'autre toutes ces objections.

M. Lukasiewicz l'avoue: il n'y a pas encore bien longtemps que si on lui avait demandé: Etes-vous nominaliste? - il aurait tout simplement répondu: oui; car il avait été trompé par certaines apparences de la méthode logistique. La logistique fait grande attention au langage; tous ses procédés doivent être formalisés, c'est-à-dire qu'ils doivent être justifiés par la seule forme des symboles employés. Cette attention donnée au langage est tout à fait correcte, puisque la pensée n'acquiert les droits publicset c'est la condition nécessaire pour qu'elle ait les droits scientifiques - que parce qu'elle est exprimée et communiquée dans un langage. Et le critère premier et même nécessaire, bien que pas encore suffisant, de l'exactitude de la pensée est l'exactitude du langage employé. Cette attention donnée au langage, est-ce le nominalisme? - Pas du tout. L'éminent logisticien souligne très fortement qu'après une sérieuse considération des faits il ne veut pas accepter le nominalisme en logique. Et ce n'est pas seulement parce que la logistique contient une infinité des propositions vraies, alors que nos inscriptions humaines ne peuvent être qu'en quantité finie, mais aussi bien parce que la logistique attend au langage comme aux symboles signifiants; par le moyen du formalisme il s'agit de découvrir les lois de la pensée, qui puissent être appliquées aux mathématiques, à la philosophie et aux sciences en général. Il y a cette grande différence entre le jeu d'échecs et la logistique, que les figures des échecs ne signifient rien, alors que les inscriptions logistiques sont des symboles signifiants. Mais M. Lukasiewicz fait observer qu'il dit tout cela en tant que philosophe et non pas en tant que logisticien. La logistique ne peut pas résoudre de tels problèmes, parce qu'elle n'est pas une philosophie; mais raison de plus pour ne pas la taxer du nominalisme.

En prenant pour fondement ce formalisme logistique on fait souvent une autre objection, non tant à la logistique elle-même qu'à la possibilité d'appliquer la logistique aux recherches philosophiques. On dit que la logistique voudrait axiomatiser et formaliser toute la réalité, alors que c'est absolument impossible, la réalité étant plus riche que sa rationnelle, logistique, formalisation. On dit qu'on ne peut pas saisir toute la réalité par la pensée discursive, qu'il faut la considération imaginative, concrète, émotionnelle et intuitive pour la connaître.

En réponse M. Lukasiewicz dit qu'il se rend très bien compte qu'outre la pensée discursive il y a encore d'autres moyens de parvenir à la vérité, puisque la logistique elle-même les connaît. Il arrive parfois on ne sait comment, par un travail subconscient de l'âme ou par quelque association incompréhensible, que nous apparaît, comme par inspiration du dehors, une idée créatrice et féconde, qui éclaircit des difficultés et indique les voies des recherches. Cela se fait surtout sur les lignes premières de la pensée humaine, où s'étend devant nous le terrain qui n'est pas encore conquis par la science. Mais le terrain ne devient conquis qu’à condition que les intuitions soient contrôlées par la pensée discursive, par la logique. C'est ainsi que l'éminent logisticien imagine la collaboration de l'intuition avec la pensée discursive.

A l'objection que la logistique favorise le positivisme, M. Lukasiewicz répond ici brièvement, car il a déjà présenté son avis sur ce point dans son article: La logistique et la philosophie (Przeglad Filozoficzny 39, Warszawa 1936), en y déclarant expressément qu'en beaucoup des points il n'est pas d'accord avec le Cercle de Vienne. Il ajoute ici seulement que le concept du positivisme est assez large. On appelle parfois positiviste un homme qui veut subordonner ses émotions à la raison et qui veut se tenir à la réalité contre tous les sauts de la fantaisie; M. Lukasiewicz déclare que de ce point de vue il est positiviste, bien qu'il se rende compte de limites de la raison; il ajoute qu'une telle attitude tend vraiment à être développée par l'étude de la logistique.

En indiquant le fait que des logisticiens fondent leurs systèmes logiques sur différents ensembles d'axiomes, on dit souvent que la logistique introduit un conventionalisme dans les sciences. Cette objection est tout simplement un malentendu. Si nous prenons p. ex. la théorie des proposition à deux valeurs, il est vrai que nous pouvons la fonder sur différents ensembles d'axiomes; mais ces axiomes ne sont pas du tout le fait d'une libre convention; chacun de ces ensembles doit être non-contradictoire, indépendant et complet - c'est-à-dire doit contenir en puissance toutes les vraies thèses du système. La possibilité de déduire le même système des propositions de différents ensembles d'axiomes est un fait logique qu'on a constaté et qui se vérifie non seulement dans la théorie des propositions à deux valeurs mais aussi bien dans la syllogistique d’Aristote. Derrière cette objection de conventionalisme paraît se cacher le postulat suivant de la théorie de la connaissance: "Dans chaque système déductif il y a un principe unique et d'une évidence immédiate, sur lequel on doit fonder toutes les thèses de ce système". M. Lukasiewicz répond qu'un tel postulat est trop beau pour être vrai. On a constaté qu'on peut fonder p. ex. la théorie des propositions à deux valeurs sur un unique axiome, mais il y a plusieurs de ces uniques axiomes et tous ces uniques axiomes sont peu évidents. On peut dire en général, que des thèses évidentes sont déductivement faibles et par conséquent ne peuvent pas être posées comme des axiomes; tout au contraire des thèses déductivement fortes sont peu évidentes.

Ce sont les accusations de pragmatisme et de relativisme que M. Lukasiewicz traite le plus amplement, parce qu'elles le touchent le plus personnellement; en les avançant on indique ordinairement les systèmes polyvalents de logique, inventés par notre éminent logisticien polonais.

M. Lukasiewicz fait observer avant tout qu'il n'a pas inventé ces systèmes en vertu d'un conventionalisme ou d'un relativisme dont il serait tributaire; tout au contraire ils se sont développés en partant de recherches logiques touchant aux jugements modaux et aux concepts de la contingence et de la nécessité. Au commencement M. Lukasiewicz développait les systèmes de la logique polyvalente par la méthode des matrices; mais ensuite pour le système à trois valeurs ses disciples ont inventé un ensemble d'axiomes, non-contradictoire, indépendant et complet aussi bien que les ensembles d'axiomes de la théorie des propositions à deux valeurs. Aujourd'hui l'existence des systèmes polyvalents est un fait historique aussi bien fondé que l'existence des géometries non-Euclidiennes. On ne peut pas nier ce fait historique; on peut tout au plus discuter la question de savoir si l'on peut trouver pour la logique polyvalente une interprétation aussi intuitive que pour la logique à deux valeurs, et s'il y a des domaines où l'on puisse l'appliquer. Et ces sont des sujets que M. Lukasiewicz veut encore un peu éclaircir.

La plus profonde base de la logique jusqu'aujourd'hui était le principe des deux valeurs, c'est-à-dire que chaque proposition est vraie ou fausse, n'ayant qu'une de ces deux valeurs. La logique est transformée dans ses fondements mêmes, si nous supposons qu'à côté de ces deux valeurs il y a encore une troisième valeur ou même qu'il y en a plusieurs. M. Luka.siewicz a fait une telle supposition sous l'influence d'Aristote lui-même. Le Stagyrite semblait croire que les propositions regardant des faits futurs fortuits ne sont encore aujourd'hui ni vraies ni fausses. C'est ainsi qu'on doit comprendre certains de ses énoncés du IX ch. de l'Hermeneutique, et c'est ainsi qu'ils étaient compris par les Stoïques, comme nous le savons par Boèce. De cette manière Aristote voulait éviter le déterminisme, qui paraissait découler du principe des deux valeurs.

Si cette attitude d'Aristote est correcte, si entre les propositions regardant les faits du monde il y a des propositions qui ne sont encore ni vraies ni fausses, ces propositions doivent avoir une troisième valeur logique, et le monde des faits qui nous entourent, serait subordonné non à la logique à deux valeurs mais à la logique à trois valeurs. Les systèmes de la logique polyvalente trouveraient alors une interprétation intuitive et une ample sphère d'application.

Ce sont des problèmes qui appartiennent déjà à l'ontologie. Selon M. Lukasiewicz ils ne peuvent être résolus que par l'expérience. Ici, semble-t-il, est la source de cette objection qui attribue le pragmatisme à la logistique. Mais cette objection ne touche pas à toute la logistique, elle touche tout au plus à l'inventeur de la logique polyvalente lui-même. M. Lukasiewicz répond qu'il n'est pas pragmatiste et qu'il croit qu'aucun esprit sain ne peut accepter le pragmatisme. En cherchant dans l’expérience une solution des problèmes indiqués, il est d'accord avec toutes les sciences naturelles, qui cherchent à vérifier par expérience toutes leurs conclusions déductives. Du reste en procédant ainsi M. Lukasiewicz se met en opposition avec le Cercle de Vienne, pour qui tous les problèmes comme ceux-ci appartiennent à la syntaxe; mais c'est ici vraiment et non pas là qu'il y a un conventionalisme exprès.

La question de l'interprétation des systèmes de la logique polyvalente n'est pas encore résolue; ces systèmes étant encore trop récents, il faut les étudier sous différents points de vue pour les mieux connaître. Néanmoins c'est encore cela que l'inventeur de la logique polyvalente souligne ici très fortement: La logique polyvalente ne conduit pas au relativisme. Il souligne cela très expressément ici, car il est arrivé qu'un professeur américain de mathématiques (E. T. Bell) a déjà publié, qu'avec l'invention de la logique polyvalente perd tout son sens l'ancienne question: Qu'est ce que la vérité? L'inventeur de cette logique polyvalente déclare avec toute sa force, que cette question n'a pas perdu son sens et qu'elle ne le perdra jamais. Dans la logique polyvalente reste intact le principe de non-contradiction; dans la logique polyvalente restent intactes les règles de l'inférence. Peut être y a-t-il encore d'autres principes absolus ; les découvrir, c'est une des plus importantes tâches du futur développement de la logistique et de la philosophie.

A la fin l'éminent logisticien a dessiné une image impressive pour jeter ainsi la lumière sur les fonds essentiels, d'où provient son fécond travail logistique. Toutes les fois qu'il s'occupe d'un problème logistique, si peu important qu'il soit, il a l'impression qu'il se trouve devant une puissante, très forte construction d'une extrême résistance. Cette construction paraît être faite de matériaux très durs, cent fois plus que le béton et l'acier. Il sent qu'il ne peut rien changer en elle, qu'il ne produit rien en elle à son gré, mais qu'il découvre en elle, par un travail plein d'efforts, de nouveaux et de nouveaux détails, atteignant les vérités immuables et éternelles. Où est cette idéale construction et qu'est-elle? Le philosophe croyant dirait qu'elle est en Dieu et qu'elle est la pensée même de Dieu.


I. M. Bochenski 0. P. ,
professeur à l'"Angelicum".

 

Le R. P. I. M. Bochenski a pris pour thème: "la tradition de la pensée catholique et l'exactitude". Après avoir souligné l'importance actuelle du problème, le P. Bochenski définit l'exactitude: On appelle "exacte" la façon de parler, dans laquelle tous les mots sont des signes de choses, de caractères etc. simples ou sont clairement définis à leur aide et dans laquelle les propositions ne sont admises que quand on est capable d'indiquer clairement la raison pour laquelle on les admet; cette raison peut être l'évidence immédiate, la foi ou une preuve - mais dans ce dernier cas il faut pouvoir indiquer les règles logiques sur lesquelles cette preuve -est basée. A la parole exacte correspond la pensée exacte, dont le trait le plus caractéristique est la réflexion constante sur les règles de la logique formelle.

Il y a beaucoup de degrés dans l'exactitude ainsi conçue, et les savants disputent entre eux sur la question de savoir si l'on peut se contenter de l'exactitude minimale, ou si l'on doit tendre à une exactitude maximale. C'est la question qu'on se pose quant à la pensée catholique. Mais comme le penseur catholique est tenu de se régler dans les grands problèmes sur la tradition, le rapporteur se demande quelle est l'attitude de la tradition catholique à l'égard de l'exactitude en philosophie et théologie ?

Selon lui, la réponse ne pourrait être douteuse : la tendance vers une exactitude maximale est un des traits les plus caractéristiques de la pensée catholique traditionnelle. Pour le prouver il suffit de rappeller trois grands faits historiques : l'apparition de l'école d'Alexandrie, la Scolastique et l'attitude de l'Eglise aux XIX-ème et XX-ème siècle. Dès son origine, la pensée catholique veut être exacte et croit que l'application des méthodes rationnelles est nécessaire ; plus tard, la logique formelle est de plus en plus cultivée chez les penseurs catholiques. S. Thomas d'Aquin définira la théologie et la philosophie comme des systèmes axiomatiques et proclamera l'importance souveraine de la logique formelle dans ces domaines. La méthode scolastique, qui n'est au fond qu'une méthode déductive correcte, devient propre au catholicisme - et, quand sous la pression de tous les philosophes incroyants, beaucoup de catholiques voudront nier sa valeur, l'Eglise interviendra avec force et autorité, pour restaurer le thomisme et l'exactitude.

Cette tendance intrinsèque de la pensée catholique vers l'exactitude fut une des raisons principales pour lesquelles on la ridiculisa et on la méprisait aux temps de la philosophie décadente, de Descartes jusqu'à la fin du XIX-ème siècle. Actuellement la situation est bien changée: la logique moderne a dépassé toutes les subtilités scolastiques et lui est supérieure quant à l'exactitude. Dans la lutte que les logiciens modernes mènent contre l'irrationalisme et la philosophie décadente, les catholiques, s'ils veulent rester fidèles à leur grande tradition, doivent se déclarer pour la lo.lique et contre la phraséologie romantique.


J. Salamucha ,
professeur agr. à l'Université de Cracovie.

 

M. l'abbé Sa1amucha compare la logique scolastique avec la logistique moderne. Il fait remarquer que la logique scolastique a subi différentes évolutions; ainsi au XV siècle nous avons déjà été du moins au seuil de ce grand édifice construit par le développement moderne. Dans son rapport M. Salamucha veut seulement comparer avec la logistique l'état moderne de la logique scolastique.

Les scolastiques ne distinguent dans toute la logique que trois grandes divisions: concepts, jugements et raisonnements. Ordinairement dans les manuels scolastiques aux exposés strictement logiques sont mêlées des considérations psychologiques. En outre les deux premières parties sont gravement déformées par des influences modernes. Le rapporteur donne pour exemple la règle bien connue de la relation inverse entre compréhension et extension des concepts. Cette règle qui s'est révélée fausse après une analyse minutieuse (cfr. Fr. Hoensbroech, Beziehungen zwischen Inhalt und Umiang von Begriffen, Erkenntnis 2.4, 291-300), était une des inventions, architectoniques" de Kant et elle avait été introduite dans la logique scolastique par Mercier.

Après avoir résumé les matériaux proposés par la lodique scolastique contemporaine, le rapporteur présente les données de la logistique. Il fait remarquer, que les moyens proposés ici sont beaucoup plus riches et mieux ordonnés.

Au lieu des notions très inexactes de la logique traditionnelle sur les jugements hypothétiques nous avons dans la logistique toute une théorie des propositions. Le rapporteur montre la valeur et l'utilité de cette théorie par deux exemples. L'un de ces exemples est tiré de la Somme logique d'Ockham. Cet éminent logicien commet plusieurs fois une faute logique qui est ensuite répetée par beaucoup de logiciens médiévaux (cfr. J. Salamucha, Logika zdan u W. Ockhama, Przeglad Filozoficzny 38, 217, 222-223). Par sa forme cette faute relève de la théorie des propositions et elle peut être découverte sans difficulté par des moyens proposés par cette théorie, tandis que les moyens traditionnels se sont montrés ici bien insuffisants. L'autre exemple est emprunté à la preuve "ex motu" de l'existence de Dieu, qui est proposée par S. Thomas d'Aquin dans sa Somme contre les Gentils. Le rapporteur a publié en 1934 une minutieuse analyse logique de cette preuve, analyse conduite avec les moyens logistiques (Collectanea Theologica 15); on y voit beaucoup de liaisons qui seraient très difficiles à contrôler par les moyens logiques traditionnels.

La syllogistique d'Aristote est développée dans la logistique en théorie générale des quantificateurs et elle ne constitue plus qu'une petite partie de celle-ci. Le rapporteur montre l'utilité philosophique de ce développement par un exemple bien intéressant. Les recherches dans les manuscrits ont révélé qu'il y a entre eux une différence importante sur un passage de la preuve de l'existence de Dieu dans la Somme contre les Gentils. Il s'agit du texte suivant (1. c. 13): "Hoc quod a seipso ponitur moveri, est primomotum; ergo ad quietem unius partis eius (non) sequitur quies totius". Certains manuscrits contiennent le "non" et d'autres ne le contiennent pas. On a tâché de résoudre par une exacte analyse logique la question de savoir, si ce "non" est autentique ou non. Hélas, on a beaucoup discuté et on n'a trouvé aucune solution définitive (cfr. G. Grunwald, Geschichte der Gottesboiveise im Mittelalter, Beitrâge zur Geschichte der Philosophie des Mittelalters, VI. 3, '136-140). Le rapporteur prouve en toute exactitude, en utilisant les moyens de la théorie des quantificateurs, que les deux textes sont logiquement équivalents, il n'y a entre eux qu'une différence dans l'ordre des raisons proposées.

Enfin le rapporteur fait remarquer que la très importante théorie logistique des relations n'a qu'une imparfaite correspondance dans les recherches traditionnelles sur la catégorie de relation; du reste celles-ci sont bien intéressantes au point de vue métaphysique. Pour donner un exemple de l'utilité philosophique de la théorie logistique des relations, le rapporteur renvoie de nouveau à son analyse de la preuve de l'existence de Dieu, déjà mentionnée, où l'on voit que la théorie logique de l'ordre est bien nécessaire pour formaliser cette preuve.

M. Sa1amucha termine en disant, que probablement la logistique d'aujourd'hui ne suffira pas encore à la reconstruction méthodique de la philosophie scolastique selon les exigences nouvelles; peut être faudra-t-il développer encore les recherches logiques. En tout cas la philosophie scolastique doit assimiler le nouveau développement de la logique sous la forme de la logistique; autrement elle renoncerait à son postulat traditionnel de rechercher les méthodes les plus exactes; les méthodes traditonnelles ne sont plus en effet aujourd'hui que d'une exactitude relative.


J. F. Drewnowski
docteur en philosophie.

 

M. J. F. Drewnowski a pris pour thème "la néoscolastique et les exigences contemporaines de la science". Une bonne théorie scientifique, tout en satisfaisant aux besoins intellectuels, ressemble à un mécanisme automatique, qui sert à faciliter le travail. Or, comme toute doctrine comprend des signes, une doctrine se présentera d'autant mieux, pourra être d'autant plus facilement défendue et divulguée qu'elle sera formulée de manière plus exacte. Nous possedons aujourd'hui des mécanismes de symboles vraiment prodigieux, qui peuvent être appliqués à toutes sortes de doctrines ; cette application est, sans doute, une tâche immense et seule une doctrine destinée à durer des siècles peut se permettre le luxe de cette application. Mais la philosophia perennis est une telle doctrine; elle peut faire cet effort et elle se doit de le faire.

Aujourd'hui, hélas, on ne se rend pas compte de cette nécessité, car les acquisitions de la logique moderne sont méconnues ou même condamnées, et ceci à cause de la confusion entre la logique et les opinions particulières des logiciens, qui souvent professent le positivisme antireligieux. Qu'en résulte-t-il: alors que la Somme Théologique de S. Thomas d'Aquin était en son temps un modèle d'exactitude, les travaux des catholiques d'aujourd'hui sont souvent de beaux essais, qu'on classerait volontiers à la limite entre la science et la littérature.

Non seulement la philosophie, mais aussi la théologie en souffrent grandement. Il en va ainsi, par exemple, de l'analogie qui est un des concepts fondamentaux dans ce domaine; nos théologiens croient pouvoir s'en tenir aux paroles de S. Thomas qui, faute d'instruments meilleurs, définissait l'analogie par une proportion géométrique - tandis que son esprit demande qu'on l'interprète aujourd'hui à l'aide des relations isomorphiques, comme il est évident pour tout logicien instruit. Ce qui est pis encore, la phraséologie inexacte efface souvent la différence entre la théologie et les autres sciences, en induisant finalement à voir des dogmes là où il n'y en a point. Le travail des théologiens serait grandement facilité, s'ils utilisaient les relations formalisées, qu'on trouve en grand nombre dans la logique, les mathématiques et en partie dans la physique moderne. Mais nos théologiens n'en tiennent pas compte et s'obstinent à employer les instruments trop élementaires des anciens - qui les exposent à un échec complet au premier contact avec les théories philosophiques modernes, armées d'instruments extrêmement puissants.

Le rapporteur ne doute pas que la doctrine catholiquene soit capable d'assimiler les acquisitions méthodiques modernes. Bien mieux: tandis que les penseurs incroyants travaillent d'une manière chaotique, l'Eglise, grâce à l'Action Catholique, est capable d'organiser le labeur de ses penseurs; elle deviendra par là peut-être pour le monde moderne ce qu'elle a déjà été au Moyen Age.

En résumé le rapporteur conclut que:

1) la formulation, la défense et la propagation de la doctrine catholique demandent l'application des méthodes logiques modernes;

2) ces méthodes postulent surtout une distinction nette du contenu de l'exposé et de sa forme;

3) on rend une théorie plus exacte surtout en perfectionnant la forme de l'appareil conceptuel, sans toucher à son contenu séculaire;

4) quant à ce contenu, le perfectionnement consiste dans l'utilisation de tous les domaines de la pensée, ceux inclus, qui étaient jusqu'à présent neutres ou ennemis de la doctrine catholique;

5) la direction indiquée de la philosophie catholique, et elle seule, sera la réalisation particulière dans le domaine de la science des fins générales de l'Action Catholique.


DISCUSSION

 

J. Chechelski S. J.

Le R. P. Chechelski déclare au commencement qu'il n'est pas logisticien, mais comme théoricien de la connaissance il se sent obligé de prendre une connaissance suffisamment exacte de la logistique.

Il fait remarquer que presque tous les philosophes contemporains ont une attitude assez froide sinon même expressément défavorable envers la logistique; c'est là un fait bien digne d'être noté. Si la logistique n'était qu'une forme de la logique formelle, cette attitude des philosophes serait incompréhensible. Mais la logistique implique nécessairement une sorte de positivisme assez décidé, et c'est le fondement, conscient ou même inconscient, de cette attitude réservée.

Les systèmes logistiques d'aujourd'hui sont basés sur des axiomes tout à fait conventionnels; on dit que la thèse logique n'est ni vraie ni fausse; on cherche seulement si elle cadre ou non avec l'ensemble du système. C'est un relativisme décidé; en conséquence toute connaissance n'est qu'une hypothèse qu'on peut vérifier par expérience; donc c'est une forme du positivisme. De cette manière la logistique non seulement n'est pas capable de promouvoir l'unité des sciences qu'elle semble proclamer, mais tout au contraire elle implique une diversité illimitée des sciences, puisque tous les différents points de départ semblent être également justifiés.

Le rapporteur ne veut pas être considéré comme ennemi de la logistique. Peut-être la logistique d'aujourd'hui reste encore trop sous l'influence de la mathématique, d'où provient son relativisme; puisque toutes les sciences particulières, qui s'occupent de l'objet matériel (mathématique, physique) cherchent à saisir leur objet de différents côtés pour rendre leurs acquisitions plus universelles. Il n'est pas exclu que la logistique soit en vole de se débarrasser de ces influences dangereuses.

Mais si la logistique se montrait essentiellement liée avec le relativisme, il ne resterait plus que trois issues aux philosophes: s'accorder avec le relativisme en philosophie; ou bien interpréter ce relativisme logique comme tout à fait subjectif, n'excluant pas l'objectivité dans les autres domaines; ou enfin rompre toutes les relations avec la logistique, en développant une autre logique sur les fondements philosophiques. Les deux premières issues seraient désastreuses pour la philosophie.

A la fin le rapporteur déclare, qu'il croit l'étude de la logistique très utile pour les philosophes; mais tant que les problèmes posés par lui ne seront pas résolus, on ne peut pas proclamer que la logistique est indispensable en philosophie systématique.

 

P. Chojnacki, professeur à l'Université de Varsovie.

Il serait difficile de trouver parmi les scolastiques modernes l'opinion d'après laquelle on ne demanderait à la philosophie scolastique que d'être une riche collection plus ou moins systématique d'assertions et de suppositions subjectivement motivées. Tout au contraire on est d'accord pour juger que la philosophie doit s'approcher de l'idéal epistémologique esquissé par Aristote et interprété par Albert le Grand, Thomas d'Aquin, Duns Scot et tant d'autres. Puisque il n'y a de science exacte que par la démonstration et que la démonstration exige la nécessité de la forme logique et de la matière, donc la philosophie pour être vraiment scientifique ne peut pas se dispenser de la démonstration. En tout cas on y doit bien distinguer la démonstration rigoureuse de l'argumentation dialectique ou rhétorique. Thomas d'Aquin dans son commentaire au IV livre de la Métaphysique ne manque pas de souligner la différence entre la démonstration qui se fait par l'enchaînement des thèses logiquement et objectivement nécessaire et l'argumentation dialectique.

Il arrive cependant, sinon en théorie, du moins en pratique, qu'on oublie cette différence, en parlant assez souvent de démonstration là où on ne trouve qu'un essai de persuader. Thomas d'Aquin partage bien la colère d'Aristote contre ces philosophes qui perdent le sentiment de la différence entre les principes de la démonstration véritable et la pseudo-démonstration.

Tout cela montre chez le Maître de la philosophie scolastique une tendance à la précision scientifique dans le domaine de la philosophie.

Thomas d'Aquin s'est appliqué à bien préciser le sens du terme "démonstration"; grâce à cette précision il est arrivé à une délimitation stricte de la philosophie pure. C’est lui qui, en suivant Aristote, estime que "logica docet modum totius philosophiae" (In VI Ethic. 1. 7).

Etant donné qu'il y a tendance à la précision dans la philosophie scolastique thomiste, on est obligé de ne pas l'affaiblir cette tendance; tout au contraire il faut lui assurer son évolution naturelle en profitant de la logistique, dans laquelle la logique formelle d'Aristote a trouvé un développement particulier grâce au calcul, qui ressemble à celui des mathématiques. Il ne faut pas oublier, que le calcul seul ne fait pas l'essence de la logistique, mais il est le moyen propre et indispensable à la précision de la logique, formée d'après l'idéal d'une science exacte et déductive.

Les logisticiens se servent des symboles pour mieux saisir les relations logiques même les plus subtiles ce qui serait presque impossible tant qu'on est géné par l'appareil lourd du langage quotidien créé plutôt pour les besoins de la pratique que pour la science.

Peano se plaisait à appeler les notations logistiques des outils microscopiques qui nous aident à analyser chaque nuance de la pensée logique.

Cependant il ne faut pas oublier que le langage symbolique des logisticiens est un artifice et que pour cela les relations logiques naturelles ne cessent pas d'exister.

Avant d'introduire des notations et des opérations symboliques rigoureuses, se pose la question de rendre exact le sens de ce que doit être exactement noté par les symboles. C'est une tâche propre à une discipline spéciale, appelée sémantique, qui ne peut pas être remplacée par la logistique, d'autant qu'il s'agit de préciser le sens, la signification du langage naturel employé généralement en philosophie. Etant une science formelle, la logistique ne peut servir à la réforme de la philosophie que sous son aspect formel.

Actuellement la logistique se développe en trois branches: calcul des termes, calcul des propositions, calcul des relations.

Le calcul des propositions s'est développé non pour servir aux besoins de la théorie de la connaissance mais pour rendre plus exacts les fondements des mathématiques. Il ne faut pas oublier, que le calcul des propositions s'écarte beaucoup du langage courant, et il comporte un langage artificiel créé grâce à des conventions. Si l'on se propose donc de préciser au moyen de la logistique la philosophie dont les thèses s'énoncent dans le langage courant, s'impose tout d'abord la nécessité de se garder de passer d'une signification à l'autre, et de ne pas jouer sur l'équivoque.

Il faudrait avant tout entreprendre de préciser la discipline fondamentale de la philosophie, c'est à dire l'ontologie. Le rapporteur croit que la méthode axiomatique appliquée à l'ontologie d'après les exigences épistémologiques et celles de la logistique contribuerait beaucoup à rendre l'ontologie plus exacte et plus homogène en écartant d'elle les éléments étrangers et en développant ses concepts propres.

N'oublions pas que les concepts de "ens relationis" et de "ens rationis" sont peu élaborés relativement aux autres. Et cependant "relatio" joue un rôle important dans la philosophie et dans les sciences positives. La notion de "ens rationis" a chez les scolastiques non seulement une signification dont s'occupe la logique, mais aussi une signification qu'on ne peut pas placer dans les limites de la logique et qui appartient plutôt à une branche de l'ontologie. Le développement moderne d'un nouveau type de géometrie et de physique nous met en face d'"entia rationis" et d'"entia possibilia" de différents degrés. Il serait étrange que les scolastiques négligeassent d'en tenir compte.

Les scolastiques modernes parlent bien du besoin de préciser mieux le sens des concepts ontologiques et de faire une ontologie conforme aux exigences épistémologiques.

Puisqu'il s'agit de concepts se trouvant aux limites de l'ontologie et de la logique, de façon qu'on s'expose aisément aux reproches d'ontologiser des formes logiques ou bien inversement, l'analyse sémantique aidée de la logistique sera donc d'une grande importance, d'autant plus que la nouvelle conception de la mathématique comme science de l'être de raison, se trouvant sous l'influence de la logistique, fournit aux sciences naturelles des puissants instruments. Les philosophes vraiment néoscolastiques ne peuvent pas se désintéresser de la logistique, qui d'après les jugements des logisticiens n'est qu'un développement et un approfondissement de la logique d'Aristote, dont s'inspire toujours la philosophie scolastique.

Les logisticiens critiquent très souvent la logique traditionnelle, mais il faut entendre par là la logique éclectique, dans laquelle à la logique Aristotélicienne se sont juxtaposées les doctrines stoîciennes de Port-Royal, de Kant avec leur apport ontologique, psychologique et critériologique, ce qui n'a rien à faire avec la logique proprement dite.

La logique doit être construite conformement à son objet formel; elle ne peut pas démontrer ses thèses à l'aide de thèses empruntées à l'ontologie ou à la psychologie. C'est pourquoi nous n'avons qu'à reconnaître le formalisme de la logistique, tant qu'il ne veut grâce aux symboles artificiels et grâce à l'abstraction faite de la signification qu'envisager des relations logiques, sans y mêler d'éléments étrangers.

Le côté technique du calcul ne devrait pas nous dissimuler l'effort tenté pour constituer une théorie épistémologiquement correcte de la logique vraiment formelle.

La logique "de iure" est une science purement formelle; comme telle elle n'a rien à faire avec une philosophie quelconque. Néanmoins les logisticiens sont des hommes, qui ne cessent pas de philosopher; mais ceci reste leur affaire privée pour autant qu'ils se gardent de l'introduire dans leur travail logistique. Ne voulant pas examiner si cette neutralité est possible, le rapporteur constate le fait que certains logisticiens transgressent les limites du formalisme tracé dans le programme, de sorte que l'on peut craindre que leurs opinions philosophiques n'influencent leurs conceptions logiques, et qu'ils ne prétendent faire de la pure logique, alors qu'ils font déjà une philosophie.

La logistique pure ne sert qu'à démontrer à l'aide d'une technique spéciale la vérité formelle, abstraction faite de toute signification.

Or on trouve des logisticiens qui voudraient faire de la logistice une arme qui garantirait une philosophie libre de toute métaphysique et appelée néopositivisme logical. La logistique servirait à démontrer que les concepts métaphysiques sont dépourvus du sens et que les problèmes métaphysiques sont des problèmes mal posés. Wittgenstein p. ex. croit, contrairement à Couturat, que la logistique nous donne non seulement une technique scientifique et un langage artificiel pour préciser et contrôler la forme des raisonnements, mais encore qu'elle fournit le critère de la vérité matérielle ou bien du sens. Bref tout ce que ne se laisse pas traduire au moyen de la technique logistique devrait être rayé et déclaré vide de sens. De même les logisticiens du Cercle de Vienne, qui proposent une programme philosophique sous le nom de physicalisme ou de science unitaire. Il s'en suit qu'il faut bien distinguer la logistique de son application, la logistique pure de la logistique pénétrée d'une attitude philosophique. Le philosophe néoscolastique est obligé de s'en rendre compte pour ne pas charger la logistique comme telle de responsabilités qui tombent sur l'attitude philosophique liée "de facto" par plusieurs logisticiens à leur travail logistique, et pour ne pas attribuer à la logistique ce que vient de l'interprétation philosophique particulière, qui peut même se trouver en collision avec les principes de la philosophie scolastique. Nous constatons ceci justement dans le mouvement néopositiviste du Cercle de Vienne, qui prend pour base les présuppositions sensualistes de Hume et de Mach.

Il y a cependant des logisticiens qui ne proposent aucune philosophie au nom de la logistique. Ils se bornent à dire que, si l'on fait la philosophie et la métaphysique, il faut la faire en opérant avec des notions précises et en les enchaînant d'une façon logiquement justifiable et contrôlable (M. J. Lukasiewicz). L'application de la logistique à telle philosophie ou telle science est affaire extérieure à la théorie logistique.

Il faut cependant reconnaître que l'interprétation antimétaphysique compte des représentants plus nombreux. Nous trouvons même un représentant de l'opinion d'après laquelle l'application de la logistique à la philosophie scolastique est radicalement impossible, et cela parce qu'il est impossible de construire les concepts fondamentaux de cette philosophie à partir des énoncés protocolaires de l'expérience et parce que ces concepts sont combinés d'après la syntaxe de la langue grecque qui s'écarte beaucoup de la syntaxe logique scientifique (M. L. Rougier). Le rapporteur ne croit pas que cette opinion soit justifiable au nom de la logistique pure.

Les philosophes scolastiques ne peuvent donc pas se dispenser de prendre une attitude critique par rapport à la logistique, tout en croyant à sa grande utilité et même à sa nécessité, si l'on veut faire la philosophie à la manière d'une science rigoureusement construite; car il est facile de se méprendre en croyant opérer avec de pures formes logiques, alors qu'une charge philosophique, peut-être sensualiste, y est associée grâce aux habitudes intellectuelles de leurs inventeurs.

N'oublions pas que la logistique nous aidera seulement à assurer à la philosophie une forme correcte, exacte, la précision du sens restant reservée à la sémantique. Le rapporteur ne veut pas dire que ces deux opérations puissent être mécaniciuement séparées; il faudra les conduire simultanément.

J. Pastuszka, professeur à l'Université de Lublin

M. l'abbé Pastuszka veut que les scolastiques soient précautionnés avec la logistique et il rappelle ces périodes historiques, où des tendances exagérées vers l'exactitude appauvrissaient évidemment la pensée métaphysique. Il faut distinguer deux types de philosophie. Le premier type c'est la pensée discoursive, mathématique, abstractive - ses représentants classiques sont: Aristote, S. Thomas d'Aquin, Kant. Le second type c'est la pensée imaginative, concrète, émotionnelle, intuitive - ses représentants sont: Platon, S. Augustin, S. Bonaventure, Bergson. Les deux types sont également féconds et ils se complètent mutuellement. Bien plus, la pensée vraiment créatrice naît dans une sphère, qui est inaccessible à la logique. La logique ne vient que pour contrôler et populariser la pensée, qui s'est produite sans elle. La logistique néglige ces moments alogiques de la philosophie et de la pensée scientifique en général. Et ce n'est pas par accident que plusieurs représentants de la logistique sont des philosophes d'attitude expressément positiviste. Le rapporteur croit que dans les conditions d'aujourd'hui il serait prématuré d'introduire la logistique dans l'enseignement de la philosophie aux écoles catholiques.

J. Stepa, professeur à l'Université de Lwów

M. l'abbé Stepa confesse en commençant qu'il y a dans la logique traditionnelle beaucoup de défauts et de lacunes, qu'on doit corriger ou compléter. La logistique veut le faire, mais le rapporteur fait encore des réserves, qu'il veut communiquer.

Il rappelle la distinction aristotélicienne des trois degrés d'abstraction et il doute, que la logistique, appartenant au second degré d'abstraction (abstraction mathématique), puisse être appliquée au troisième degré d'abstraction (abstraction métaphysique). Les tentatives, comme celles des logisticiens d'aujourd'hui, ne sont pas nouvelles (Descartes, Spinoza), mais elles n'avaient pas abouti, et non seulement parce que la mathématique de ces temps-là n'était pas encore assez développée -, la raison de leur échec est plus profonde: on ne peut pas abolir la différence entre les degrés d'abstraction.

En outre, le rapporteur voit les dangers spéciaux de la logistique, dont il a indiqué les principaux.

Ce n'est pas par accident, que la logistique s'est développée chez les philosophes d'attitude expressément positiviste. Tous ceux qui sont intuitionnistes dans la théorie de la connaissance, comme le sont évidemment les positivistes, ne peuvent accepter que l'induction ou la déduction mathématique comme méthodes scientifiques. Tout au contraire pour tous les représentants de l'abstractionnisme la déduction syllogistique sera la méthode principale. La différence des points de départ implique ensuite cette différence des méthodes, et c'est ici qu'on va trouver peut-être la cause de l'opposition que la logistique rencontre chez les scolastiques et chez les phénoménologistes.

Il est arrivé déjà plusieurs fois dans l'histoire que le développement exagéré des études logiques a été lié avec la déchéance de la métaphysique. Le rapporteur craint que cela n'arrive de nouveau. Enfin la tendance vers l'exactitude peut dégenerer très facilement en vaine dialectique, dont les exemples ne nous manquent pas dans l'histoire de philosophie.

Le rapporteur termine en formulant de nouveau ses réserves; il reconnaît toutefois que les philosophes d'aujourd'hui ne peuvent plus négliger la logistique. Il pense que les logisticiens, s'ils veulent se concilier les philosophes, devraient publier le plus tôt possible un manuel de logique formelle, où les vraies données de la logique traditionnelle seraient complétées par les acquisitions nouvelles.


RÉPONSES

 

I. M. Bochenski 0. P.

LE "RELATIVISME" LOGISTIQUE

Le R.P. Bochenski répond aux objections touchant le relativisme et le conventionalisme. On peut distinguer ici trois thèses avancées par les adversaires : I) la logistique, en admettant la possibilité de la pluralité des systèmes axiomatiques, en posant comme fin de la recherche logique non pas la vérité mais la connexion entre les thèses et en reconnaissant des logiques polyvalentes, postule une conception conventionaliste de la science. II) La logistique implique par conséquent une définition relativiste de la vérité et d'autre part, un certain positivisme et pragmatisme. III) Ces erreures sont dues à la dépendence trop étroite de la logistique envers les mathématiques et la physique.

Le P. Bochenski affirme que toutes ces objections sont fondées sur des paralogismes, dans lesquelles ont confond la méthode logistique avec des doctrines qui n'ont rien à faire avec elle. Ainsi, quant à I) il est vrai que la logistique reconnait une multiplicité des systèmes axiomatiques - mais ces systèmes sont tous basés sur des axiomes vrais et s'ils n'englobent pas toujours l'ensemble du champ objectif des thèses lodiques, il ne se contredisent pourtant jamais. De même la logistique comme telle fait abstraction de la vérité des conclusions qu'on peut tirer à l'aide de ses formules - mais quant à ses propres déductions, elles sont toujours basées sur des règles et des principes objectivement vrais - une fausse logique est inconnue au rapporteur - et, sauf quelques auteurs, personne ne prétend construire en pratique une logique qui ne serait pas un instrument de science objectivement vraie. Enfin les logiques polyvalentes n'entraînent comme systèmes formels aucun conventionalisme et nous possedons plusieurs interprétations de ces systèmes, qui sont conformes aux vues non-conventionalistes. Quand une logique polyvalente nie p. ex. le "principe du tiers exclu", il s'agit d'une thèse toute différente du principe classique du même nom, qui n'a jamais été sérieusement nié par aucun logicien comme tel.

Les objections du deuxième groupe (II) sont fondées sur une confusion de la logique formelle avec les vues philosophiques de certains logiciens modernes, en particulier de ceux de l'Ecole Viennoise; mais ces philosophes, pour autant qu'ils usent avec compétence de la logique contemporaine, n'ont aucun droit de prétendre à l'usage exclusif de cette logique - et les thomistes pourraient en user aussi bien qu'eux. La logique formelle comme telle, bien loin de postuler aucune thèse philosophique - n'est qu' un instrument formel, qui aide à déduire en partant de prémisses choisies à volonté. Seul le pragmatisme ne saurait se mettre d'accord avec elle -- et on est étonné de voir la logistique accusée de pragmatisme.

La connexion trop étroite, comme on dit, de la logistique avec les mathématiques (III) est, elle aussi, un malentendu. Jadis les logisticiens prétendaient faire "l'algèbre de la logique"; aujourd'hui il s'en sont bien libérés. Reste que la logistique use du symbolisme et d'une méthode rigoureusement déductive, propre aux mathématiques. Ce pendant il faut remarquer, que le symbolisme (les variables) fut inventé par Aristote pour la logique, et probablement transporté de ses oeuvres dans les mathématiques; la logistique ne fait qu'étendre l'invention aristotélicienne. Quant à la méthode rigoureusement déductive, on ne voit pas pourquoi la logique devrait s'en priver; cette méthode n'est en effet nullement le privilège des mathématiques et semble avoir été aussi inventée par Aristote comme méthode logique; la rigueure logistique a du reste dépassé de loin celle qu'on trouvait dans les oeuvres classiques des mathématiciens. On ne peut non plus opposer à cette rigueur le principe d'Aristote et de S. Thomas, selon lequel la même exactitude ne saurait être appliquée à toutes les sciences. Aristote et S. Thomas parlent dans les textes en question de méthodes non-déductives - et quand il s'agit de déduction, ils ont appliqué la meilleure forme logique non seulement à la métaphysique, mais aussi aux physiques et à l'éthique. L'idéal de la science restera celui d'Aristote: un système axiomatique; mais cet idéal n'étant pas réalisable dans beaucoup de sciences, on devra leur appliquer des méthodes moins exactes. Cependant quand on fera de la déduction dans ces sciences, le principe de la rigueur maximale reste en vigueur - et on ne voit pas, pourquoi il devrait s'appliquer plutôt aux mathématiques qu'aux autres sciences. En somme la logique mathématique est dite ,mathématique" en raison de son origine, non pas à cause de son caractère- c'est aujourd'hui la logique formelle générale tout court.

 

J. Salamucha

DE LA "MECANISATION" DE LA PENSEE

Quand on compare des démonstrations mathématiques avec certaines "démonstrations" philosophiques, on est frappé per une différence de la forme: Les "démonstrations" philosophiques sont souvent pleines d'émotions et d'éléments intuitifs ou même imaginatifs, pendant que la démonstration mathématique est toujours - on pourrait dire - rigide, objective, privée presque entièrement d'éléments subjectifs. Cette différence est encore plus frappante, quand on compare avec une telle démonstration philosophique une démonstration mathématique strictement formalisée ou une démonstration logistique. La démonstration formalisée consiste en l'application mécanique - pourrait-on dire - des trois ou quatre règles de l'inférence (schémas de déduction) ; plus encore, on est dirigé dans l'application de ces règles par des simples critères visuels, c'est-à-dire par la structure des symboles employés. L'observateur du dehors, qui regarde une telle démonstration formalisée, a l'impression que de cette manière on a tué dans la pensée scientifique toute l'intuition. Et puisque, pour quiconque connait le labeur scientifique, il est tout à fait indiscutable, que certains éléments intuitifs sont absolument indispensables dans les recherches scientifiques, on dit tout simplement que la logistique, qui tend à formaliser toutes les démonstrations, au lieu d'être un instrument utile pour le travail scientifique, est plutôt dangereuse pour lui. Cette objection serait vraiment écrasante, si elle était juste.

Le rapporteur fait noter avant tout qu'il faut strictement distinguer dans le travail scientifique les procédés de recherche de la vérité et la démonstration de la vérité acquise. Quand on cherche la vérité, différentes intuitions apparaissent dans l'esprit du chercheur et il semble, que sans ces intuitions directrices les recherches seraient impossibles. Parmi ces intuitions il peut s'en trouver une qui est vraie, mais il y a d'autres qui sont fausses; et il arrive plus d'une fois que dans une situation particulière toutes nos intuitions sont tout simplement fausses. Par conséquent, ces intuitions, qui se sont présentées à nous, il faut d'abord les vérifier et les contrôler, avant de les accepter comme vraies. Une vérification exacte c'est une exacte démonstration, une exacte démonstration c'est une démonstration formalisée, la plus simple qui soit. Les intuitions, qui nous dirigent dans la voie des recherches, sont tout à fait provisoires; elles peuvent constituer un sujet de la psychologie, mais elles ne peuvent pas entrer dans la science comme une partie intégrale de celle-ci. Le penseur, qui nous présente pour des véritées ses intuitions non vérifiées, est toujours en danger de nous proposer parmi les vérités bien des thèses fausses, et dans le cas le plus défavorable il peut n'y avoir que des erreurs, encore que déguisées sous apparence de vérités. C'est pourquoi nous exigeons qu'on nous donne dans la science des démonstrations; si l'on nous propose des intuitions non vérifiées, ou vérifiées partiellement, nous pouvons répondre que ce sont tout au plus des matériaux pour une élaboration scientifique, mais ce ne sont pas encore des résultats qui puissent déjà prétendre à être scientifiquement acquis. Les procédés des recherches contiennent toujours des éléments irrationnels, la logique correcte ne peut prétendre que fournir des instruments utiles pour la vérification, et non pas pour l'invention; mais sans vérification il n'y a pas de science.

Le rapporteur a développé les thèses ci-dessus indiquées, en les rendant plus manifestes par un exemple fictif pris de la procédure (dans un cas criminel les enquêtes, pleines des péripéties, et la simple, objective forme de l'acte d'accusation) et par un autre exemple réel fondé sur les travaux scientifiques de Helmholtz et sur les confessions de ce grand physicien, où il décrit comment les idées scientifiques lui venaient à la tête.

En science on distingue exactement les démonstrations des intuitions non vérifiées, qui nous dirigent en notre travail de recherche. Ce n'est qu'en philosophie qu'on confond ces deux différents aspects du travail scientifique et qu'on nous propose des intuitions non vérifiées, ou même des impressions d'une nature plutôt émotionnelle, pour des vérités philosophiquement acquises. D'ailleurs cette confusion est plus fréquente en philosophie moderne qu'au Moyen Age; le rapporteur illustre les deux différentes manières de philosopher par la philosophie de M. H. Bergson et par celle de S. Tomas d'Aquin. Ne voulant pas examiner quelle manière de philosopher est plus correcte, M. Salamucha souligne seulement que la philosophie scolastique tâchait toujours de donner des démonstrations exactes, ne se contentant jamais de preuves superficielles ni d'intuitions non vérifiées; et c'est en général le trait caractéristique de la pensée scientifique catholique, aussi bien en philosophie qu'en théologie.

Chaque intuition juste proposée en forme vérifiée, c'est-à-dire chaque démonstration est plus rigide et - on pourrait dire - mécanisée en comparaison avec la richesse des péripéties que nous subissons sur la voie de la recherche de la vérité. La démonstration est au point de vue littéraire toujours moins intéressante que la description, totale ou partielle, des péripéties de nos recherches; mais en perdant ainsi au point de vue littéraire, la démonstration augmente beaucoup la sureté et l'objectivité des résultats ainsi proposés. On peut dire que chaque logique, en fournissant des moyens pour rendre les démonstrations plus exactes, mécanise la pensée de la manière sus-dite, et elle la mécanise d'autant plus que les moyens proposés par elle sont plus précis. De ce point de vue, on peut dire que la logistique mécanise la pensée scientifique plus que la logique traditionnelle, mais ce ne peut pas être absolument une raison légitime d'objection contre elle ; c'est plutôt son honneur et à son avantage.

En rendant à la pensée humaine ces services grâce auxquels cette pensée obtient le caractère scientifique, la mécanisation logique n'entraîne même pas par soi ces conséquences nuisibles latérales ou secondaires, dont on parle tant aujourd'hui à propos de la mécanisation industrielle. Il y a cette grande différence entre la production industrielle et la production scientifique, que l'industrie veut et doit produire la plus grande quantité possible d'objets tout à fait semblables, tandis que la vérité, une fois introduite dans la science par une exacte démonstration, ne peut plus y être introduite une autre fois; on peut tout au plus essayer de l'abolir ou de lui donner une autre démonstration plus simple ou plus précise - la production scientifique a de ce point de vue un caractère strictement individuel. Par conséquent le travail scientifique, mécanisé même jusqu'au plus haut degré, n'a jamais affaire d'ouvriers qui devraient répéter, comme dans la production mécanisée industrielle, la même action sans y réfléchir, en perdant par là de plus en plus leurs capacités intellectuelles.

Bien plus, si l'on peut dire que la mécanisation logique rend plus facile le travail de la pensée, ce n'est qu'à la façon d'une bonne corde et de crocs qui servent à gravir les rochers escarpés des hautes montagnes. La mécanisation logique de la pensée scientifique rend tout simplement plus facile la vie à ceux-là seulement, qui veulent connaître des résultats scientifiques, sans s'embarasser des recherches, parce qu'ils ne peuvent ou ne veulent pas le faire; ils auront la sécurité qu'on ne leur proposera pas des pseudo-résultats non encore contrôlés.

Le rapporteur termine en soulignant que c'est surtout en philosophie qu'il est très important de distinguer exactement les intuitions non contrôlées, pour dirigeantes et fécondes qu'elles soient, d'avec les résultats vraiment démontrés, puisqu'en philosophie il est plus difficile qu'ailleurs de reconnaître les vérités parmi des thèses fausses proposées de manière suggestive.

J. Salamucha

A PROPOS DE LA FORMALISATION DES DOMAINES
DES CONCEPTS ANALOGIQUES

 

Dans ce rapport M. Salamucha considère certaines difficultés qui ont été avancées plusieurs fois pendant la discussion et qu'on pourrait résumer de la manière suivante: "La logistique, appartenant au second degré d'abstraction, ne peut pas être appliquée au troisième degré d'abstraction c'est-à-dire en métaphysique, où l'on opère avec des concepts analogiques; d'autant moins logistique peut-elle être employée en théologie, où l'on opère aussi avec des concepts analogiques". Le rapporteur confesse qu'il n'est pas encore capable de résoudre définitivement toutes les difficultés qui sont ici cachées dans cette courte formule; mais puisque personne n'a voulu le faire, il s'est chargé d'écrire ce rapport, en se bornant toutefois à éliminer les difficultés apparentes et à bien poser la difficulté essentielle. M. Salamucha a divisé son rapport en deux parties essentielles, entre lesquelles il a mis une troisième partie secondaire.

***

Il faut se rappeler tout d'abord que les scolastiques font la distinction entre la première intention et l'intention seconde. Les objets de la seconde intention (entia secundae intentionis) sont tous les concepts considérés comme concepts d'une autre chose; les objets de la première intention (entia primae intentionis) sont tous les objets qui ne sont pas ceux de la seconde intention. Par conséquent les concepts de la première intention sont ceux qui se rattachent aux objets de la première intention, les concepts de la seconde intention sont ceux qui se rattachent aux objets de la seconde intention. Transposée en termes de grammaire, cette distinction pourrait être exprimée de la manière suivante: Les termes de la seconde intention sont ceux de la syntaxe, les termes de la première intention sont ceux du langage qui n'est pas de la syntaxe (Objektsprache et Syntaxsprache en terminologie de Carnap).

Par les trois degrés d'abstraction (abstractio physica, mathematica, metaphysica) sont mis en un ordre hiérarchique tous les concepts de la première intention, mais cette distinction n'a en soi rien à faire avec les concepts de la seconde intention. C'est pourquoi la logique, qui seule entre toutes les sciences connues au Moyen Age opérait avec des concepts de la seconde intention (la grammaire étant traité comme une discipline secondaire), pouvait être appliquée à toutes les sciences, quel que fût le degré d'abstraction où elles se trouvaient.

La logique étant en dehors des trois degré d'abstraction, chacune des autres sciences spéculatives médiévales (scientiae speculativae, non practicae) se trouvait sur l'un de ces trois degrés, et même les noms de ces degrés étaient empruntés aux trois différentes groupes des sciences.

Le rapporteur traite plus amplement les mathématiques médiévales (l'arithmétique des nombres naturels et fractionnaires, la géométrie euclidienne). Il manifeste par des exemples empruntés à deux grands logiciens médiévaux (Paulus Venetus, Ioannes Maioris Scotus), que des philosophes médiévaux ont traité-les mathématiques comme une science naturelle ayant pour objet des rapports quantitatifs entre des choses existantes. De cette manière les mathématiques pouvaient être comprises assez exactement dans le second degré d'abstraction. Entre parenthèses M. Salamucha indique par des exemples bien intéressants que, malgré cette simplification outrée des fondements des mathématiques, on avait développé au Moyen Age le calcul infinitésimal à un tel dégré qu'il est bien difficile de le croire; on savait p. ex. et on prouvait que l'ensemble infini des nombres naturels est aussi nombreux que certaines de ses parties propres, et que le produit, où aussi bien le multiplicande que le multiplicateur sont des ensembles infinis de nombres naturels, est aussi nombreux que le multiplicande.

Telle était la situation au Moyen Age, mais elle s'est beaucoup modifiée aujourd'hui, même par rapport à ces sciences, qui étant le développement des sciences médiévales, ont conservé aussi, comme la physique et les mathématiques, leurs anciens noms. Le rapporteur s'abstient de discuter le rapport de la physique moderne aux trois anciens degrés d'abstraction, bien qu'il exprime l'opinion que la physique d'aujourd'hui est plutôt une science du second degré d'abstraction que du premier; mais plus en détail il traite de nouveau les sciences mathématiques contemporaines. Les mathématiques d'aujourd'hui ne sont plus une science du second degré d'abstraction. Comme des mathématiciens l’affirment, ce sont des théories strictement déductives, où l'expérience ne peut jouer aucun rôle. Tout simplement il est arrivé, que les mathématiques se sont développées d'une façon qu'on ne prévoyait pas au Moyen Age, et elles ne se trouvent plus sur le second degré d'abstraction. On peut se demander si ces mathématiques contemporaines atteignent bien leur but formel, ou si elles sont un développement légitime des mathématiques médiévales; on peut même tâcher de construire d'autres mathématiques plus ,correctes"; mais ces mathématiques, telles quelles existent aujourd'hui, on ne peut les ramener de force sur le second degré d'abstraction, car elles ne sauraient plus y être enfermées. Les mathématiques contemporaines se sont tellement approchées de la logique, que pour d'aucuns (Russell, Hilbert) ce ne sont que deux branches d'une même science.

Ainsi, si l'on peut dire que l'application des mathématiques médiévales à la méthaphysique était une transgression des différences entre les degrés d'abstraction, on ne peut plus le dire aujourd'hui par rapport aux mathématiques modernes.

Mais la logistique, bien qu'elle soit par son origine une logique mathématique, n'est qu'un développement de la logique aristotélicienne, et comme logique elle n'appartient à aucun degré d'abstraction. Etant en dehors de ces degrés, la logistique peut en soi être appliquée, comme c'était aussi le cas pour la logique traditionnelle, à chaque science, quel que soit le degré d'abstraction où cette science se trouve. Et même le fait que la logistique est par son origine une logique mathématique n'a rien d'étrange en soi, car si nous lisons avec attention les Analytiques Seconds d'Aristote, nous voyons bien que la logique aristotélicienne dépendait beaucoup elle aussi des mathématiques - et c'est tout à fait naturel, puisque le logicien cherche toujours des exemples dans les sciences les plus développées au point de vue méthodique.

Toutefois M. Salamucha souligne qu'aujourd'hui encore il faut bien distinguer entre ce que l'on appelle métalogique et les parties formelles de la logistique. Des considérations métalogiques sont développées jusqu'aujourd'hui avec une prépondérance particulière des tendances nominalistes, de sorte que bien qu'elles soient rattachées assez nettement aux objets de la seconde intention, elles ne sauraient encore être appliquées sans réserves dans la philosophie scolastique. Mais les parties formelles de la logistique sont développées par le moyen des symboles variables, grâce à quoi elles sont rendues indépendantes de toutes les tendances philosophiques de leurs promoteurs, bien que leur caractère d'une science de l'intention seconde soit par cela-même dissimulé; elles peuvent donc sans aucune réserve être appliquées à toute considération philosophique.

Ainsi la crainte que l'application de la logistique à la métaphysique ne soit une transgression des différences entre les degrés d'abstraction, est fondée tout simplement sur un malentendu. On met un trop fort accent sur l'origine mathématique de la logistique et on confond injustement les mathématiques contemporaines avec celles du Moyen Age.

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Le rapporteur fait ici une longue parenthèse, qui se rattache d'ailleurs d'une manière stricte aux sujets principalement traités.

Il est arrivé ainsi que jusqu'aujourd'hui l'application la plus féconde de la logistique à la philosophie se rencontre chez les philosophes du Cercle de Vienne, qui tendent décidément à abolir toute la métaphysique. Il est arrivé aussi que jusqu'aujourd'hui la philosophie du Cercle de Vienne a été l'objet des plus fortes critiques de la part des phénoménologistes (M. R. Ingarden), qui s'opposent en même temps à toutes les tentatives d'appliquer la logistique en philosophie. Ces faits ne font qu'augmenter les réserves des scolastiques contre la logistique.

M. Salamucha fait tout d'abord noter que l'opposition des phénoménologistes contre l'application de la logistique en philosophie est strictement rattachée à leur opinion que la méthode déductive est tout à fait inapplicable en philosophie; ainsi leur opposition est bien conséquente, car si la méthode déductive y est inutile, la logistique, qui est la logique de déduction, n'a rien à faire en philosophie. Le scolastique qui veut partager les réserves des phénoménologistes contre la logistique, devrait considérer aussi les raisons par lesquelles ils y sont amenés.

D'un autre côté le rapporteur indique que le néopositivisme du Cercle de Vienne n'est pas déterminé en fonction de l'application de la logistique à la philosophie, car: 1. le néopositivisme viennois n'est pas inaccessible à une critique intrinsèque (telle était précisément la critique de la part des phénoménologistes), 2. il y a d'éminents logisticiens qui s'opposent énergiquement au néopositivisme du Cercle de Vienne (M. J. Lukasiewicz), 3. il existe toute une école philosophique (Gruppe von Münster) qui, affirmant que l'unique forme scientifique de la logique contemporaine c'est la logistique, s'oppose décidément à l'attitude antimétaphysique des Viennois.

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Après cette longue parenthèse M. Salamucha retourne au problème du rapport de la logistique aux termes analogiques.

Après avoir résumé brièvement la doctrine scolastique sur les termes analogiques, le rapporteur fait observer que la logistique elle aussi connaît des termes de cette sorte; ce sont notamment des termes de typicale ambiguité (of typical ambiguity en terminologie de Russell). Ces termes viennent à être mentionnés en logistique par des raisons tout à fait différentes (la théorie des types logiques) de celles par lesquelles ils sont considérés en philosophie scolastique, mais néanmoins ils y sont connus aussi.

Après ces explications préliminaires, M. Salamucha considère en premier lieu la possibilité d'appliquer la logistique aux sciences théologiques (théodicée et théologie proprement dite).

Selon la doctrine scolastique le langage des sciences théologiques est un langage tout à fait spécial. La plupart des termes de ce langage théologique appartiennent aussi aux langages des autres sciences (psychologie, sociologie et même sciences naturelles); cette partie du langage théologique, qui ne contient que des termes communs avec les langages des autres sciences, le rapporteur l'appelle le langage T; (M. Salamucha s'abstient de discuter ici la question de savoir si ce langage T est le langage total des sciences théologiques, car c'est peu important pour ses considérations). Chaque terme du langage T est un terme univoque dans le domaine du langage T; mais aucun terme du langage T n'est univoque avec des termes de même structure, qui appartiennent aux autres langages, les termes théologiques n'étant qu'en rapport de sens analogique avec ces derniers. Or pour la science qui opère avec le langage T il existe un danger particulier: si elle n'applique pas des instruments logiques assez précis, elle peut "glisser" sur d'autres domaines, en général beaucoup plus faciles, où des termes de même structure sont employés mais n'ont là qu'une signification analogique (le danger des déformations anthropomorphiques en théologie). Plus les instruments logiques appliqués sont précis, plus ce danger des "glissades" est diminué. De ce point de vue l'analogie des termes théologiques, non seulement n'est pas un obstacle à l'application de la logistique en théologie, mais encore elle est une plus forte raison pour qu'on l'y applique. Mais on peut dire aussi à l'inverse, que l'analogie des termes théologiques est une condition nécessaire pour qu'on puisse appliquer la logistique en théologie. Des instruments logistiques exacts nous enferment exactement sur un plan donné; si nous ne montons pas assez haut en axiomes, nous ne pouvons plus monter plus haut pendant toute la longueur de la théorie scientifique.

Il n'y a donc jusqu'ici aucune difficulté particulière à l'application de la logistique aux sciences théologiques; c'est ailleurs qu'elle apparaît et c'est la difficulté ancienne, bien que sous une forme plus marquée. C'est S. Thomas d'Aquin qui le premier a développé une théorie de la construction du sens des termes analogiques par le moyen de la proportionnalité. Le Docteur Angélique n'avait pas été content lui-même de ce moyen, et les difficultés qui y sont cachées ne cessent pas d'être discutées jusqu'aujourd'hui. Ces difficultés apparaissent d'une manière encore plus nette, si nous appliquons les instruments précis de la logistique à la théologie. Mais en même temps on peut espérer que, pour construire le sens des termes analogiques, on pourra trouver parmi les rapports mathématiques et logistiques d'aujourd'hui des instruments beaucoup plus précis que l'ancienne proportionnalité mathématique. Le rapporteur mentionne des tentatives déjà commencées, qu'on doit toutefois encore vérifier de plus près.

Des difficultés de la même sorte M. Salamucha en aperçoit aussi en métaphysique (metaphysica generalis). La métaphysique scolastique n'est pas du tout atteinte par des objections du Cercle de Vienne, selon lesquelles les termes métaphysiques seraient dépourvus de sens. Les scolastiques, très longtemps avant que le Cercle de Vienne ait apparu, c'est-à-dire depuis le temps de S. Thomas d'Aquin, proclamaient le postulat de la constitution des concepts (Konstitutionssystem en terminologie de Carnap) en accord avec leur maxime bien connue: Nihil est in intellectu quod prius non fuerit in sensu. La métaphysique scolastique n'est pas non plus atteinte par une autre objection logistique, selon laquelle on ne peut pas opérer d'une manière correcte avec des termes d'universalité absolue, parce que cela entraîne des contradictions, comme le démontre la théorie des types logiques. Le rapporteur accorde qu'on ne peut pas opérer d'une manière correcte avec des termes d'une certaine universalité, quand on les traite comme des termes univoques, mais les scolastiques depuis le temps de S. Thomas d'Aquin affirment, que le terme J'être"' et d'autres termes aussi universels que lui ne sont que des termes analogiques par rapport aux différents objets désignés par eux. Il ne reste ici de nouveau que l'ancienne difficulté, toujours sans cesse discutée pas les scolastique: Comment préciser le sens des termes analogiques? Il n'y a que cette différence: dans un nouvel entourage logistique l'ancienne difficulté se marque plus qu'auparavant. Mais en même temps on a des fortes raisons de penser qu'on y trouvera pour elle une meilleure solution.

Le rapporteur termine en soulignant qu'il se rend bien compte que ses considérations ici proposées sont encore très provisoires et très insuffisantes; il prie le lecteur de bien vouloir se rappeler que ce ne sont là que de modestes réponses provoquées par la discussion.

 

 

1. M. l’abbé P. David, chargé de cours à l’Université Jagellonne, en mission du gouvernement français, a bien voulu revoir le résumé français au point de vue de la langue; nous le prions d'accepter nos remerciements.

2. L'éminent logisticien polonais M. J. Lukasiewicz, professeur de logistique à l'Université de J. Pilsudski à Varsovie, qui avait bien voulu prendre part à notre réunion de Cracovie, a développé ses importantes explications qu'il a donné pendant cette réunion en les publiant ici. La Rédaction tient à lui exprimer ses sincers remerciements.

 

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